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Choisir la bonne souche pour construire un modèle microbiologique pertinent

Publié le 16/09/26 dans les thématiques Precision Microbiology Génie génétique

En microbiologie, une souche n’est jamais un simple élément du protocole. Elle porte un génome, une histoire et une origine qui conditionnent ce que l’expérience pourra réellement montrer. Deux souches appartenant à la même espèce peuvent ainsi produire des résultats différents, tous techniquement justes, mais qui ne répondent pas nécessairement à la même question.

C’est pourquoi, chez Smaltis, le choix de la souche fait partie intégrante du design expérimental. Avant d’ouvrir une collection ou de rechercher un isolat, nous clarifions l’objectif du projet : faut-il standardiser une méthode, comprendre un mécanisme, évaluer un antimicrobien, reproduire un phénotype de résistance ou représenter une situation clinique ? La réponse détermine ensuite le modèle pertinent : souche de référence, isolat humain, vétérinaire ou environnemental, panel de souches, mutant disponible ou souche construite à façon.

Partir de la question avant de choisir la souche

Une souche de référence est souvent le bon point de départ pour standardiser un essai, mais son nom ne garantit pas à lui seul la pertinence du modèle. Chez Pseudomonas aeruginosa, par exemple, les souches PAO1 et PA14 partagent un core génome très conservé, mais diffèrent par des régions accessoires et des circuits de régulation. Certaines sous-lignées de PAO1 présentent également des variations dans mexT ou mexF qui modifient l’expression de l’opéron d’efflux mexEF-oprN et plusieurs phénotypes associés. Pour étudier cette voie, indiquer simplement « PAO1 » ne suffit donc pas : la sous-lignée, son génotype et son phénotype doivent être cohérents avec le mécanisme recherché. [1–3]

Le cas de Staphylococcus aureus Newman D2C conduit à la même vigilance : des mutations touchant deux régulateurs majeurs de la virulence, agrA et saeR, ont rendu cette sous-lignée fortement atténuée. Ainsi, dans un modèle d’infection, son utilisation peut donner l’impression qu’un candidat thérapeutique est particulièrement efficace alors que la souche d’épreuve est simplement moins virulente. [4]

Ces exemples ne sont pas des exceptions anecdotiques : ils fondent notre première règle de travail. Nous définissons d’abord le phénotype que le modèle doit exprimer, puis nous vérifions que la souche retenue permet effectivement de l’observer. Selon le projet, cela implique de documenter sa provenance, son génotype, son niveau de virulence, son profil de résistance ou sa souche parentale. Une fois cette identité biologique établie, une seconde question devient déterminante : de quel environnement l’isolat doit-il provenir ?https://smaltis.com/offre/souchotheques/

Choisir une origine et une diversité adaptées

Un isolat clinique humain, une souche vétérinaire et un isolat environnemental ne racontent pas la même histoire. Ils ont été soumis à des niches et à des pressions de sélection différentes. Leur origine peut donc révéler où un mécanisme de résistance s’est maintenu, comment un microorganisme s’est adapté ou quelles comparaisons sont nécessaires pour étudier sa circulation.

Les travaux menés au CHU de Besançon sur Aspergillus fumigatus en donnent une illustration concrète. La comparaison d’isolats cliniques et environnementaux résistants aux azolés, notamment retrouvés dans des pots de tulipes issus de bulbes importés, a révélé un réservoir hospitalier qui serait resté invisible dans une étude limitée aux patients. [5,6] De la même manière, la diversité géographique du complexe Borrelia burgdorferi sensu lato montre qu’un modèle fréquent en Amérique du Nord n’est pas automatiquement représentatif d’un enjeu européen ou asiatique, où d’autres espèces et tropismes cliniques occupent une place importante. [7,8]

L’origine n’est donc pas une métadonnée secondaire, mais une variable expérimentale. Dans une étude d’antibiorésistance, nous pouvons par exemple privilégier un panel associant des isolats humains, vétérinaires et environnementaux lorsque cette diversité est nécessaire pour explorer la distribution d’un phénotype ou orienter l’étude de sa transférabilité. Pour une étude de virulence ou de diagnostic, le site de prélèvement, le contexte clinique et la zone géographique peuvent devenir tout aussi déterminants.

Cette réflexion permet de dimensionner le modèle avec justesse. Une souche unique peut suffire pour mettre au point une méthode ; un couple de souches contrastées peut isoler un mécanisme ; un panel devient indispensable pour tester la robustesse ou la représentativité d’un résultat. Chaque contraste est ainsi choisi pour contribuer à la démonstration attendue. Aussi, lorsque ces critères sont définis, la question devient opérationnelle : où trouver les ressources qui y répondent ?

Mobiliser la ressource biologique pertinente

Smaltis dispose déjà de plusieurs centaines de ressources biologiques conservées dans ses propres collections : souches de référence, isolats caractérisés, mutants et souches rapporteurs. Cette base nous permet de mobiliser rapidement des modèles pour des projets en antibiorésistance, virulence, diagnostic, microbiote ou bioproduction.

Cette collection interne n’est toutefois pas une limite au choix scientifique. Si la souche recherchée n’y figure pas, notre réseau hospitalier, vétérinaire et de bioressources partenaires nous permet d’identifier des isolats répondant aux critères définis avec le client : espèce, origine, site de prélèvement, contexte clinique, génotype ou profil de résistance. Leur mise à disposition reste naturellement encadrée par la disponibilité des collections, les autorisations applicables et les droits associés aux échantillons.

Notre collaboration avec le CEESA illustre cette capacité dans le domaine vétérinaire. Smaltis prend en charge et conserve des collections issues des activités européennes du CEESA en santé animale. Son secrétaire général souligne à la fois la fiabilité de la conservation, la rigueur de la traçabilité et l’intérêt de pouvoir « traiter ou analyser les souches directement chez Smaltis ». La ressource biologique peut ainsi être trouvée, sécurisée puis mobilisée dans un même environnement scientifique.

L’accès à un large réseau augmente les possibilités, mais il ne résout pas toutes les questions. Il arrive qu’aucune souche naturelle ne permette d’attribuer sans ambiguïté un phénotype à un gène ou de comparer deux situations sur un fond génétique maîtrisé. Dans ce cas, le modèle ne doit plus seulement être sélectionné : il doit être construit.

Construire le modèle lorsqu’il n’existe pas

Pour une démonstration mécanistique, une paire isogénique (une souche parentale et son mutant) est souvent plus informative que deux isolats naturels dont les génomes diffèrent en de nombreux points. Elle permet d’interroger directement le rôle d’un système d’efflux, d’une porine, d’une bêta-lactamase, d’un facteur de virulence, d’une voie de quorum sensing ou d’une fonction impliquée dans l’adhésion et le biofilm.

Notre catalogue de mutants réunit déjà des délétions simples ou combinées, des variants enzymatiques et des souches exprimant différents marqueurs fluorescents. Nous pouvons ainsi sélectionner un modèle existant, l’associer à sa souche parentale ou l’intégrer à un panel construit pour le projet.

Lorsque le modèle nécessaire n’existe pas, notre équipe spécialisée en génie génétique peut le construire à façon par délétion, insertion, mutation ponctuelle, ou complémentation. La stratégie et les contrôles sont définis à partir de la fonction étudiée et de l’usage futur de la souche. Notre article consacré à la construction de mutants bactériens présente cette démarche plus en détail. Qu’elle soit trouvée dans une collection ou créée pour le projet, la souche n’acquiert toutefois une valeur durable que si son identité et son histoire restent maîtrisées.

Préserver la valeur scientifique de la souche

Le choix initial ne suffit pas si la souche dérive, si son historique de passages est incomplet ou si les conditions de conservation altèrent ses propriétés. La traçabilité, les contrôles d’identité, de pureté et de viabilité ainsi que la maîtrise des remises en culture prolongent donc la réflexion scientifique engagée au début du projet. Ils permettent de reproduire une étude, de comparer plusieurs lots et de reprendre un programme dans la durée.

Notre offre de biobanking et de gestion des ressources microbiennes associe conservation à -80 °C, suivi des échantillons et, selon les besoins, contrôles, remise en culture, production ou analyses complémentaires. Les collections restent ainsi sécurisées et directement mobilisables pour la suite du projet.

De la question scientifique au modèle pertinent

Ainsi, c’est la question scientifique qui est le point de départ. Elle guide le choix d’une lignée et de son origine, la constitution d’un panel, la recherche d’un isolat dans notre réseau ou la construction d’un mutant à façon. La souche peut ensuite être caractérisée, produite, conservée et intégrée aux essais nécessaires par une même équipe.

Cette démarche rend le choix du modèle explicite et défendable : pourquoi cette souche, pourquoi cette origine, pourquoi ce génotype et jusqu’où les résultats pourront-ils être interprétés ? C’est cette réflexion, menée avec le client, qui transforme une ressource microbienne en un modèle réellement pertinent.

Vous devez identifier une souche, constituer un panel ou construire un modèle génétique adapté à votre projet ? Échangeons sur la question scientifique à résoudre et les ressources nécessaires pour y répondre.

Références scientifiques

1.Lee DG et al. Genomic analysis reveals that Pseudomonas aeruginosa virulence is combinatorial. Genome Biology. 2006;7:R90. Accéder à l’article

2.Luong PM et al. Emergence of the P2 phenotype in Pseudomonas aeruginosa PAO1 strains involves various mutations in mexT or mexF. Journal of Bacteriology. 2014;196:504-513. Accéder à l’article

3.Chandler CE et al. Genomic and phenotypic diversity among ten laboratory isolates of Pseudomonas aeruginosa PAO1. Journal of Bacteriology. 2019;201:e00595-18. Accéder à l’article

4.Sause WE et al. Staphylococcus aureus strain Newman D2C contains mutations in major regulatory pathways that cripple its pathogenesis. Journal of Bacteriology. 2017;199:e00476-17. Accéder à l’article

5.Godeau C et al. Azole-resistant Aspergillus fumigatus in the hospital Surveillance from flower beds to corridors. American Journal of Infection Control. 2020;48:702-704. Accéder à l’article

6.Rocchi S et al. Molecular epidemiology of azole-resistant Aspergillus fumigatus in France shows patient and healthcare links to environmentally occurring genotypes. Frontiers in Cellular and Infection Microbiology. 2021;11:729476. Accéder à l’article

7.van Dam AP et al. Different genospecies of Borrelia burgdorferi are associated with distinct clinical manifestations of Lyme borreliosis. Clinical Infectious Diseases. 1993;17:708-717. Accéder à l’article

8.Jones KL et al. Borrelia burgdorferi genetic markers and disseminated disease in patients with early Lyme disease. Journal of Clinical Microbiology. 2006;44:4407-4413. Accéder à l’article

Actualités et articles

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La question qui se pose alors est « que savons-nous démontrer, de façon robuste, sur son identité, sa sécurité et son activité fonctionnelle ? ». C’est particulièrement vrai pour les souches nouvelles ou peu documentées, pour lesquelles la seule taxonomie est insuffisante. Les cadres EFSA, GRAS et canadiens convergent sur un point central : la caractérisation utile est une caractérisation par souche, interprétée à la lumière de l’usage final. [1–6]

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