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Caractérisation des probiotiques : démontrer la sécurité et objectiver l’activité

Publié le 13/04/26 dans les thématiques Microbiotes

Les probiotiques sont souvent présentés comme une catégorie simple. En réalité, leur caractérisation est devenue un exercice scientifique et réglementaire exigeant. Il ne suffit plus d’identifier une espèce ni d’invoquer un historique d’usage favorable : la démonstration doit désormais être conduite au niveau de la souche, en cohérence avec l’usage visé, la population cible et le cadre réglementaire considéré. Dans les référentiels de référence, un micro-organisme ne peut être qualifié de probiotique au sens strict que s’il est suffisamment caractérisé, sûr pour l’usage prévu, vivant à dose pertinente jusqu’à la fin de vie du produit, et associé à un bénéfice santé documenté. [1,5,7,8]

La question qui se pose alors est « que savons-nous démontrer, de façon robuste, sur son identité, sa sécurité et son activité fonctionnelle ? ». C’est particulièrement vrai pour les souches nouvelles ou peu documentées, pour lesquelles la seule taxonomie est insuffisante. Les cadres EFSA, GRAS et canadiens convergent sur un point central : la caractérisation utile est une caractérisation par souche, interprétée à la lumière de l’usage final. [1–6]

Point de départ : le Whole Genome Sequencing

 

Dans la pratique actuelle, le séquençage complet du génome, ou Whole Genome Sequencing (WGS), s’impose comme le socle de la caractérisation d’une souche candidate. Il permet de confirmer l’identité taxonomique, de détecter des gènes liés à la résistance aux antimicrobiens, à la virulence ou à d’autres déterminants de sécurité, et d’examiner l’environnement génétique de ces séquences : plasmides, éléments mobiles, régions d’intégration, ou autres supports susceptibles de favoriser le transfert. [1–3]

 

Mais la présence d’un gène n’est pas, à elle seule, la preuve d’un risque fonctionnel. Un déterminant putatif peut être tronqué, silencieux, non traduit, ou non fonctionnel. À l’inverse, un hit sur un gène d’AMR cliniquement pertinent reste un signal qui doit être investigué sérieusement. La bonne lecture consiste donc à croiser 4 niveaux d’information : présence du déterminant, intégrité de la séquence, contexte génétique, et cohérence avec le phénotype. C’est là que l’on passe d’une simple annotation génomique à une vraie caractérisation de souche. [2,3]

Résistance aux antimicrobiens : le génome oriente, le phénotype tranche

 

Une évaluation génomique seule ne suffit pas. Pour caractériser correctement la résistance aux antimicrobiens, il faut mesurer le phénotype, en particulier les CMI des antibiotiques d’intérêt, avec des méthodes adaptées à la souche étudiée. Pour les bactéries lactiques et les bifidobactéries, les cadres de référence reposent notamment sur l’ISO 10932/IDF 223. Pour d’autres anaérobies stricts, l’approche s’appuie classiquement sur le CLSI M11. Chez Smaltis, cette logique s’accompagne, quand nécessaire, d’une adaptation raisonnée des conditions de culture et d’une interprétation experte pour les souches exigeantes ou atypiques.

 

Quand des cut-offs ou des seuils interprétatifs existent, ils structurent l’analyse. Quand ils n’existent pas, ce qui est fréquent pour des souches nouvelles ou peu documentées, il faut aller plus loin : comparer à des souches de contrôle, raisonner en profil wild-type / non-wild-type, mobiliser des comparateurs phylogénétiquement pertinents, et relier les résultats au contexte génétique observé par WGS. L’enjeu n’est pas seulement de dire qu’une souche est « sensible » ou « résistante » à une molécule donnée, mais de comprendre si le signal observé relève d’un fond intrinsèque, d’un déterminant acquis, ou d’un mécanisme potentiellement transférable. [2,3]

Sécurité : aller au-delà des mots-clés génomiques

 

La sécurité d’une souche probiotique ne se résume pas à ses niveaux de résistance aux antibiotiques. Ainsi La recherche de gènes liés à la virulence, à la toxigenicité ou à d’autres déterminants indésirables est indispensable, mais elle ne dispense pas, là non plus, d’une caractérisation expérimentale ciblée. Selon la souche et l’application visée, cela peut conduire à documenter l’absence d’hémolyse, l’absence d’effet cytotoxique, l’absence d’impact délétère sur l’intégrité épithéliale, ou d’autres signaux compatibles avec un profil opportuniste. L’objectif est de produire un niveau de preuve cohérent avec le risque réel de la souche. [1,2,7]

 

Autrement dit, la bonne stratégie consiste à partir du WGS, à identifier les points de vigilance, puis à choisir les essais in vitro qui permettront de confirmer, d’écarter ou de clarifier ces signaux. [1–3]

Efficacité : ce que les modèles in vitro peuvent démontrer, et ce qu’ils ne peuvent pas

 

L’objectif est de produire des preuves mécanistiques et discriminantes, utiles pour sélectionner, comparer et comprendre les souches. Les essais in vitro peuvent donc étayer la plausibilité biologique d’un bénéfice, mais ils ne remplacent pas la démonstration clinique lorsqu’une allégation de santé doit être portée au sens strict. [5,7,8]

 

Trois axes sont particulièrement pertinents. Le premier concerne les interactions avec le microbiote et les pathogènes : inhibition de croissance, production de molécules antagonistes, compétition pour l’adhésion ou exclusion de bactéries indésirables. Le deuxième concerne la barrière intestinale, avec des modèles de type Caco-2, HT-29 ou T84 permettant d’évaluer la TEER, la perméabilité, les jonctions serrées ou la réponse muqueuse. Le troisième concerne l’immunomodulation, via des signaux mesurables comme les cytokines, la réponse de cellules épithéliales, de macrophages ou de PBMC. Dans tous les cas, l’intérêt des modèles in vitro est de documenter un mécanisme d’action plausible et de hiérarchiser les souches, pas de revendiquer à eux seuls un bénéfice clinique. [9–11]

 

Le gut-brain axis constitue un cas à part. C’est un champ très attractif, mais encore peu standardisé au laboratoire. Les modèles 2D classiques n’en capturent qu’une partie indirecte. Aussi, les approches les plus pertinentes sont aujourd’hui du côté des systèmes intégrés, comme les organoïdes ou les dispositifs gut-on-chip, voire gut-brain-on-chip. Ces modèles sont prometteurs, mais ils restent des outils avancés, pas encore des standards routiniers universels. [12]

L’approche Smaltis

Chez Smaltis, la caractérisation d’un probiotique consiste à produire des données interprétables : identité confirmée par WGS, lecture raisonnée des gènes de résistance ou de virulence, analyse du contexte génétique, phénotypage de la sensibilité aux antimicrobiens, et essais fonctionnels ciblés selon la promesse de la souche. Pour des souches classiques, cela consolide un dossier. Pour des souches nouvelles, cela évite surtout les conclusions trop rapides.

Au fond, caractériser un probiotique aujourd’hui, c’est démontrer, souche par souche, qu’un microorganisme est identifié avec précision, qu’il ne présente pas de risque inacceptable au regard de son usage, et qu’il montre une activité in vitro cohérente avec le bénéfice recherché. C’est précisément dans cet espace, entre standardisation, interprétation experte et développement sur mesure, que se joue la différence entre une souche simplement intéressante et une souche réellement développable. [1–3,5,7]

Pour aller plus loin : 

[1] EFSA Scientific Committee. Guidance on the characterisation of microorganisms in support of the risk assessment of products used in the food chain. EFSA Journal, 2025.

[2] EFSA. Statement on the requirements for whole genome sequence analysis of microorganisms intentionally used in the food chain. EFSA Journal, 2024.

[3] EFSA BIOHAZ Panel. Statement on how to interpret the QPS qualification on “acquired antimicrobial resistance genes”. EFSA Journal, 2023.

[4] EFSA. Qualified Presumption of Safety (QPS), page thématique et mises à jour de la liste QPS.

[5] U.S. FDA. Generally Recognized as Safe (GRAS) et 21 CFR 170.30.

[6] Health Canada. Notice – Product Licence Applications for Natural Health Products Containing Probiotics.

[7] FAO/WHO. Guidelines for the Evaluation of Probiotics in Food. 2002.

[8] Binda S, Hill C, Johansen E, et al. Criteria to Qualify Microorganisms as “Probiotic” in Foods and Dietary Supplements. Frontiers in Microbiology, 2020.

[9] Monteagudo-Mera A, Rastall RA, Gibson GR, Charalampopoulos D, Chatzifragkou A. Adhesion mechanisms mediated by probiotics and prebiotics and their potential impact on human health. Applied Microbiology and Biotechnology, 2019.

[10] Zheng Y, Zhang Z, Tang P, et al. Probiotics fortify intestinal barrier function: a systematic review and meta-analysis. Frontiers in Immunology, 2023.

[11] Min S, Than N, Shin YC, et al. Live probiotic bacteria administered in a pathomimetic Leaky Gut Chip ameliorate impaired epithelial barrier and mucosal inflammation. Scientific Reports, 2022.

[12] Moradian H, Gabriel T, Barrau M, Roblin X, Paul S. New methods to unveil host-microbe interaction mechanisms along the microbiota-gut-brain-axis. Gut Microbes, 2024.

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