Point de départ : le Whole Genome Sequencing
Dans la pratique actuelle, le séquençage complet du génome, ou Whole Genome Sequencing (WGS), s’impose comme le socle de la caractérisation d’une souche candidate. Il permet de confirmer l’identité taxonomique, de détecter des gènes liés à la résistance aux antimicrobiens, à la virulence ou à d’autres déterminants de sécurité, et d’examiner l’environnement génétique de ces séquences : plasmides, éléments mobiles, régions d’intégration, ou autres supports susceptibles de favoriser le transfert. [1–3]
Mais la présence d’un gène n’est pas, à elle seule, la preuve d’un risque fonctionnel. Un déterminant putatif peut être tronqué, silencieux, non traduit, ou non fonctionnel. À l’inverse, un hit sur un gène d’AMR cliniquement pertinent reste un signal qui doit être investigué sérieusement. La bonne lecture consiste donc à croiser 4 niveaux d’information : présence du déterminant, intégrité de la séquence, contexte génétique, et cohérence avec le phénotype. C’est là que l’on passe d’une simple annotation génomique à une vraie caractérisation de souche. [2,3]
Résistance aux antimicrobiens : le génome oriente, le phénotype tranche
Une évaluation génomique seule ne suffit pas. Pour caractériser correctement la résistance aux antimicrobiens, il faut mesurer le phénotype, en particulier les CMI des antibiotiques d’intérêt, avec des méthodes adaptées à la souche étudiée. Pour les bactéries lactiques et les bifidobactéries, les cadres de référence reposent notamment sur l’ISO 10932/IDF 223. Pour d’autres anaérobies stricts, l’approche s’appuie classiquement sur le CLSI M11. Chez Smaltis, cette logique s’accompagne, quand nécessaire, d’une adaptation raisonnée des conditions de culture et d’une interprétation experte pour les souches exigeantes ou atypiques.
Quand des cut-offs ou des seuils interprétatifs existent, ils structurent l’analyse. Quand ils n’existent pas, ce qui est fréquent pour des souches nouvelles ou peu documentées, il faut aller plus loin : comparer à des souches de contrôle, raisonner en profil wild-type / non-wild-type, mobiliser des comparateurs phylogénétiquement pertinents, et relier les résultats au contexte génétique observé par WGS. L’enjeu n’est pas seulement de dire qu’une souche est « sensible » ou « résistante » à une molécule donnée, mais de comprendre si le signal observé relève d’un fond intrinsèque, d’un déterminant acquis, ou d’un mécanisme potentiellement transférable. [2,3]
Sécurité : aller au-delà des mots-clés génomiques
La sécurité d’une souche probiotique ne se résume pas à ses niveaux de résistance aux antibiotiques. Ainsi La recherche de gènes liés à la virulence, à la toxigenicité ou à d’autres déterminants indésirables est indispensable, mais elle ne dispense pas, là non plus, d’une caractérisation expérimentale ciblée. Selon la souche et l’application visée, cela peut conduire à documenter l’absence d’hémolyse, l’absence d’effet cytotoxique, l’absence d’impact délétère sur l’intégrité épithéliale, ou d’autres signaux compatibles avec un profil opportuniste. L’objectif est de produire un niveau de preuve cohérent avec le risque réel de la souche. [1,2,7]
Autrement dit, la bonne stratégie consiste à partir du WGS, à identifier les points de vigilance, puis à choisir les essais in vitro qui permettront de confirmer, d’écarter ou de clarifier ces signaux. [1–3]
Efficacité : ce que les modèles in vitro peuvent démontrer, et ce qu’ils ne peuvent pas
L’objectif est de produire des preuves mécanistiques et discriminantes, utiles pour sélectionner, comparer et comprendre les souches. Les essais in vitro peuvent donc étayer la plausibilité biologique d’un bénéfice, mais ils ne remplacent pas la démonstration clinique lorsqu’une allégation de santé doit être portée au sens strict. [5,7,8]
Trois axes sont particulièrement pertinents. Le premier concerne les interactions avec le microbiote et les pathogènes : inhibition de croissance, production de molécules antagonistes, compétition pour l’adhésion ou exclusion de bactéries indésirables. Le deuxième concerne la barrière intestinale, avec des modèles de type Caco-2, HT-29 ou T84 permettant d’évaluer la TEER, la perméabilité, les jonctions serrées ou la réponse muqueuse. Le troisième concerne l’immunomodulation, via des signaux mesurables comme les cytokines, la réponse de cellules épithéliales, de macrophages ou de PBMC. Dans tous les cas, l’intérêt des modèles in vitro est de documenter un mécanisme d’action plausible et de hiérarchiser les souches, pas de revendiquer à eux seuls un bénéfice clinique. [9–11]
Le gut-brain axis constitue un cas à part. C’est un champ très attractif, mais encore peu standardisé au laboratoire. Les modèles 2D classiques n’en capturent qu’une partie indirecte. Aussi, les approches les plus pertinentes sont aujourd’hui du côté des systèmes intégrés, comme les organoïdes ou les dispositifs gut-on-chip, voire gut-brain-on-chip. Ces modèles sont prometteurs, mais ils restent des outils avancés, pas encore des standards routiniers universels. [12]