La lugdunine, ou l’arme secrète d’une irréductible bactérie
Il était une fois une bataille invisible, menée au plus profond de notre nez. Un champ de guerre microscopique, où des bactéries s’affrontent sans relâche pour défendre leur territoire. Un peu comme un village d’irréductibles Gaulois, encerclé de toutes parts… sauf qu’ici, pas de Romains, mais des microbes. C’est dans ce décor étonnamment stratégique qu’un antibiotique inattendu a été découvert : la lugdunine.
Retour en 2016.
Une équipe allemande dirigée par Andreas Peschel se pose une question en apparence simple : Pourquoi certaines personnes ne sont-elles jamais colonisées par Staphylococcus aureus, alors que cette bactérie est pourtant omniprésente dans la population ? La réponse ne vient pas d’un grand laboratoire pharmaceutique, mais d’un discret habitant de la muqueuse nasale : Staphylococcus lugdunensis.
Cette bactérie commensale, bien installée dans notre nez, produit une molécule jusque-là inconnue : la lugdunine, un peptide cyclique de faible poids moléculaire, doté d’une activité antimicrobienne remarquable. Une potion magique, version microbiologique.
La lugdunine est capable d’inhiber efficacement la croissance de S. aureus, y compris des souches résistantes à la méthicilline. Un exploit rare, à une époque où la découverte de nouveaux antibiotiques naturels est devenue exceptionnelle, et plus encore lorsqu’ils sont issus du microbiote humain.
Sur le plan mécanistique, la lugdunine agirait en perturbant la membrane bactérienne et en modulant les défenses innées de l’hôte, même si son mode d’action exact reste encore à élucider. Des études in vivo ont montré une réduction significative de la colonisation dans des modèles murins d’infection cutanée, ouvrant des perspectives très prometteuses. Autrement dit : une arme microbienne sophistiquée, façonnée par l’évolution, nichée en plein cœur de notre nez.
Mais cette découverte va bien au-delà de son caractère insolite. Elle révèle que les microbiotes humains constituent un immense réservoir d’antibiotiques potentiels, encore largement inexploré. En observant les interactions bactériennes in situ, là où se jouent de véritables batailles écologiques, les chercheurs accèdent à des stratégies naturelles de compétition, bien plus riches que celles révélées par des cultures artificielles.
Et si la prochaine génération d’antibiotiques ne venait pas de laboratoires lointains… mais de nos propres microbiotes ?
Chez Smaltis, nous sommes convaincus que relever le défi mondial de l’antibiorésistance passe par cette approche : observer les écosystèmes bactériens complexes, comprendre leurs règles du jeu, identifier les molécules bioactives qu’ils produisent, et accompagner leur exploitation en bioproduction. Qu’il s’agisse d’un nez, d’un intestin ou d’un sol forestier, les irréductibles bactéries ont encore beaucoup à nous apprendre.
À bientôt pour un prochain épisode de la Smaltis’toire !